L'Académie française autorise désormais la féminisation des titres et fonctions. Une révolution ! Un vieux combat que Benoîte Groult menait déjà en 1994 lorsqu'elle dénonçait le sexisme de la langue française.

En 1994 déjà, dans l'émission Français si vous parliez, animée par André Bercoff, Benoîte Groult, journaliste et aussi auteure très engagée en matière de féminisme, regrettait le sexisme de la langue française et revendiquait la féminisation des titres et fonctions.

"On est la secrétaire d'un patron, mais dans les postes supérieurs, on est madame le Secrétaire d'Etat..."

"Je trouve que le langage est très symbolique. C'est important d'être à l'aise dans les mots et de se désigner par un féminin comme on l'a toujours été. Au Moyen-Age, on était une "venderesse", on était une "tisserande" et tout à coup, aujourd'hui, par une espèce de réflexe frileux - dans les professions de prestige, parce que dans les professions ordinaires ça passe très bien – On est" agricultrice" mais on est "écrivain" ! Dès qu'on monte en grade. C'est lié au prestige. On est "la secrétaire d'un patron" mais dans les postes supérieurs, on est "madame le Secrétaire d'Etat". La "doyenne des Français" mais "madame le doyen à l'université"Donc, ce n'est pas la langue qui refuse, ce sont les têtes. Et on voudrait simplement régulariser. Pas changer de langage. Faire fonctionner le féminin pour les noms de métiers, c'est tout."

A André Bercoff qui lui demande si le français est sexiste, elle répond par l'affirmative et ajoute que : "le Comité de l'Europe et l'UNESCO viennent tous les deux de prendre des décisions pour féminiser le langage, parce qu'on ne sait plus si on s'adresse à une femme ou à un homme quand on dit : le directeur de tel service, au lieu de dire la directrice. C'est la confusion des genres. Alors ces grandes entreprises ont recommandé à tous les Etats membres de l'Europe de féminiser les noms de métiers et de dire la déléguée, la conseillère fédérale en Suisse, etc. Et en France, on est l'avant dernier pays d'Europe pour la représentation des femmes au Parlement. Il y a un domaine, celui de la langue et celui du pouvoir où les hommes s'accrochent à leur place et refusent d'ouvrir la porte aux femmes complètement."

En 2019, 25 ans après cette archive, une commission présidée par Gabriel de Broglie et composée de Danièle Sallenave, Michael Edwards et Dominique Bona doit publier un rapport sur ce sujet. Ce document, favorable à la féminisation des noms de métiers, sera soumis au vote des académiciens début mars.

Pour aller plus loin

1984. Création de la "Commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes", chargée d'étudier la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres. Elle a été créée par décret gouvernemental. Sa présidente est Benoîte Groult. Elle détaille ici les motifs de la création de cette commission. (Antenne 2 midi, 27 avril 1984)

1985. La commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades, ou titres, présidée par Benoîte Groult, vient de remettre son rapport à Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme. (C'est la vie, 3 décembre 1985)

1998. Une circulaire du ministre de l'éducation nationale, Claude Allègre, demande la féminisation de certaines fonctions, au plus grand mécontentement de certains académiciens qui s'indignent de la vanité des gouvernants... Une polémique s'ensuit. (Le 19-20 de France 3 du 30 juin 1998)

2000. Bernard Pivot anime une discussion entre Claude Hagège, Denise Bombardier et Jean Yanne autour de la résistance de l'Académie française à la féminisation des noms de métiers dans la langue française. (Bouillon de culture, 17 novembre 2000)

Rédaction Ina le 22/02/2019 à 11:36. Dernière mise à jour le 01/03/2019 à 09:50.
Economie et société