25 février 1994. La députée UDF Yann Piat est assassinée à Hyères par deux hommes à moto. Rapidement, il est question d’un assassinat politique et mafieux. Le procès qui suivra en 1998 ne permettra jamais d’identifier les commanditaires. Retour sur une affaire très ténébreuse.

Le 25 février 1994, Yann Piat, cette femme politique de 44 ans, mère de deux enfants est froidement assassinée à Hyères par deux hommes à moto. En avril 1995 se déroulait la reconstitution du guet-apens. C’était la première fois en France qu'un élu payait de sa vie sa lutte contre la drogue. Fortement engagée, elle avait rédigé un livre blanc sur la drogue

A l'époque, son combat anti-corruption lui vaut même le surnom de "Yann d'Arc". Elle dénonçait notamment la collusion entre le Milieu et la classe politique varoise, comme le montre ce sujet sur le climat politique qui règnait alors dans le Var en 1994.

 

Un assassinat politique ?  

Aussitôt après sa mort, la presse titre que "l'affaire Yann Piat" est certainement politique. En février 1994, plusieurs confrères élus confirment qu’elle recevait des menaces explicites.

Dès mars 1994, les convocations policières déferlent sur les élus locaux.

Toujours en mars 1994, une lettre écrite par la députée deux ans auparavant est découverte. Dans cette missive elle met en cause - en cas de mort suspecte- cinq hommes dont Maurice Arreckx, Bernard Tapie et le parrain Jean-Louis Fargette abattu entre-temps.

Un meurtre mafieux ? 

Un nouveau rebondissement intervient en juin 1994. La police arrête les deux tueurs présumés de Yann Piat : Marco di Caro et Lucien Ferri.

Les accusés avouent mais Lucien Ferri se rétracte. Le mobile reste flou. Retour sur l’arrestation des deux suspects en juin 1994 (audio).

 

Le commanditaire du crime serait un patron de bar du port de plaisance de Hyères : Gérard Finale. La députée fouineuse aurait été un obstacle à son ambition de devenir le parrain de la pègre du Var. (Audio)

Un complot politique ? 

Octobre 1997. Deux journalistes, André Rougeot et Jean-Michel Verne, ressortent le spectre du complot politique. Dans leur livre Des assassins au cœur du pouvoir, les deux reporters investigateurs mettent en cause François Léotard et Jean-Claude Gaudin.

Faute de preuves, un procès en diffamation les condamne à une forte amende, leur livre est également retiré de la vente.

Un procès médiatique 

Le 4 mai 1998, débute le procès de Gérard Finale, de ses deux comparses et des meurtriers de Yann Piat devant la cour d'assises du Var. Ils sont sept sur le banc des accusés.

Le 25 mai 1998, le chauffeur de la députée, présent le soir du crime, témoigne avec émotion.

Le 16 juin, après six heures de délibération, le verdict tombe : réclusion criminelle à perpétuité pour Gérard Finale et Lucien Ferri. Les deux autres comparses écopent de 15 et 13 ans de prison. Le conducteur de la moto, Marco Di Caro, est également condamné à vingt ans de réclusion. "Le verdict enterre la thèse politique mainte fois évoquée par la rumeur et par un certain nombre de contre-enquêtes journalistiques." (Audio)

Au cours des audiences, Lucien Ferri reconnait une implication mafieuse et politique mais refuse de citer les noms des puissants commanditaires. A la fin du procès, le mystère reste entier.

Pour aller plus loin

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Qui était Yann Piat : retour sur son parcours du FN à l’UDF 

Yann Piat entre en politique par l’entremise de son parrain Jean-Marie Le Pen, comme le montre ce portrait réalisé sur elle en juin 1988.

Elle adhère dans un premier temps au Front national, devient secrétaire départementale du parti dans les Landes, avant d’être élue seule députée frontiste du Var en 1986.

Plutôt mesurée, la représentante FN est rapidement indignée par les débordements verbaux de son mentor, en particulier par son jeu de mot "Durafour-crématoire". Elle le clame publiquement à l’Assemblée nationale : "J’aimais Jean-Marie mais j’ai détesté Le Pen en faisant de la politique avec lui." Le parti l’exclut en 1988.

En 1991, elle revient sur cette période dans son livre Seule, tout en haut à droite.

La jeune femme reste en politique et parvient à se faire réélire dans le Var en 1993, cette fois sous l’étiquette UDF. voici le portrait que les médias faisait d'elle en 1994.

C'est durant cette mandature qu'elle devient membre de la "Commission d’Aubert" qui enquête sur la mafia et ses tentatives de pénétration en France.

                                                                                                                                                                                                                                 Florence Dartois (INA)

Rédaction Ina le 20/02/2014 à 19:00. Dernière mise à jour le 21/02/2019 à 14:31.
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